Les 20 et 21 janvier prochain, six pâtissiers venus du monde entier : de France, d’Égypte, du Japon, du Maroc, du Sénégal et d’Ukraine se retrouveront porte de Versailles pour se disputer la finale du Trophée International de la Pâtisserie Française. Pendant deux jours, dans le cadre du Sirha Bake & Snack, ils vont démontrer leur savoir-faire, leur créativité et prouver que la pâtisserie française continue de se transmettre, de vivre, de se réinventer sous d’autres latitudes.
L’esprit du TIPF
Créé en 2019 par Pierre Mirgalet, Meilleur Ouvrier de France alors Président de la Confédération Nationale des Artisans Pâtissiers, ce concours a une particularité qui le distingue des autres compétitions internationales comme la Coupe du Monde de Pâtisserie : pas de pièces monumentales, pas de sculptures de sucre qui défient les lois de la gravité. Le TIPF regarde ailleurs en allant droit à l’essentiel.
Ce qui intéresse Laurent Le Daniel, MOF Pâtissier et actuel président de la CNAP, c’est la pâtisserie de boutique. Celle qui remplit les vitrines chaque matin, celle que les artisans préparent avant l’aube pour leurs clients, celle qui fait partie du quotidien. Un flan vanille parfaitement exécuté, une tarte Bourdaloue comme on n’en fait plus, des madeleines qui font appel à nos précieux souvenirs, font toute la différence. C’est de ce savoir-faire-là dont il est question. Celui qui se transmet d’un maître à son apprenti, depuis des générations, l’essence même du métier de pâtissier.
Six parcours, six histoires
Steven Gerault (France)
Aux côtés de son coach, le chef Frédéric Cassel, Steven devra montrer que la France n’est pas seulement ancrée dans la tradition mais elle est aussi un présent qui continue d’innover, de créer, de transmettre. Ayant concouru et remporté le Trophée en 2024, il remet à présent son titre en jeu.


Ahmed Shawky (Égypte)
Du Caire à Paris, Ahmed Shawki représente cette belle histoire de la pâtisserie française qui a su traverser la Méditerranée pour s’enraciner profondément en Égypte. Guidé par son coach Ahmed Abdelsalam, il vient montrer comment un artisan égyptien s’est approprié ce savoir-faire français, ces recettes, sans les dénaturer tout en y apportant peut-être subtilement quelque chose de sa propre culture. C’est l’enjeu de ce concours : prouver que la pâtisserie française n’est pas un patrimoine figé mais un langage vivant.


Mako Okada (Japon)
Entre le Japon et la France, c’est une longue histoire d’amour faite de respect mutuel et d’admiration réciproque. Mako, accompagnée de Koichi Izumi, incarne cette rencontre entre deux savoir-faire et deux quêtes de la perfection. Le Japon avait remporté l’or en 2023, et cette victoire n’était pas un hasard. Elle confirmait que la rigueur japonaise et l’excellence française se complètent intimement. Cette recherche de la perfection, c’est aussi ce qui définit la grande pâtisserie.


El Habib Dardour (Maroc)
Le Maroc entretient depuis longtemps un lien particulier avec la pâtisserie française. À Casablanca, à Marrakech, à Rabat, les pâtisseries françaises font partie du paysage quotidien. El Habib, coaché par Adil Joukhrane, porte en lui cette double culture. Il connaît les épices de son pays, les parfums de la fleur d’oranger, de la rose, de la cardamome. Mais il maîtrise aussi parfaitement les bases classiques françaises. Son challenge sera de montrer que ces deux mondes ne s’opposent pas, qu’ils peuvent, au contraire, se compléter.


Mamadou Camara (Sénégal)
C’est une première historique. Jamais le Sénégal n’avait participé au TIPF. Mamadou, accompagné de son coach Jean Sene, écrit une page importante pour son pays et pour tout un continent. Sa présence démontre que la pâtisserie française est universelle.Il s’agit également de montrer qu’à Dakar aussi, on peut atteindre l’excellence, qu’on peut maîtriser ces traditions ancestrales et les faire siennes.


Ivetta Korobka (Ukraine)
La présence d’Ivetta est assez particulière dans le contexte que traverse son pays. Accompagnée de Zhuzhanna Lenyk, elle sera la seule femme de cette édition. Sa participation nous rappelle que la pâtisserie, comme toute forme d’art, est aussi un acte de résistance, une façon de dire que la vie continue, que la beauté persiste malgré la guerre.


Le marathon des épreuves
Mardi 20 janvier, 8h-11h : Pâtisseries classiques
Dès 8 heures du matin, les candidats attaqueront avec les bases :
Deux flans vanille
Deux tartes Bourdaloue
Ils devront faire 18 cm pour 6 personnes chacun.
Puis douze madeleines au parfum libre
Douze soufflés au chocolat qui devront sortir du four au moment exact, gonflés, tremblants, parfaits.
Les coachs pourront intervenir pendant les deux premières heures. Après, les candidats seront seuls.
Mardi 20 janvier, 13h30-16h30 : Confiserie et fours secs
L’après-midi sera consacrée à la confiserie :
Trois variétés de bonbons chocolat moulés :
un libre, un semi-liquide, un au praliné. Vingt-quatre de chaque sorte. La moitié ira au jury de dégustation, l’autre moitié sera présentée sur un présentoir en chocolat que les candidats devront réaliser pendant l’épreuve
Cinq variétés de fours secs, dont un au chocolat obligatoire. Trente pièces de chaque.
Mercredi 21 janvier, 6h30-9h30 : Entremets et millefeuilles
Réveil aux aurores. À 6h30 précises commence l’épreuve des entremets et millefeuilles :
Douze millefeuilles individuels sont attendus par le jury.
La pâte feuilletée peut être apportée déjà prête, mais le reste doit être fait sur place
Puis les entremets sur le thème « Mariage ». Base biscuit de Savoie obligatoire, entièrement glacés, avec des décors au cornet. Trois pièces pour la présentation, une quatrième pour la dégustation que le candidat découpera devant le jury. C’est l’épreuve de la créativité encadrée : respecter les contraintes tout en exprimant sa vision. Les coachs reviendront prêter main forte de 7h30 à 9h30.
Mercredi 21 janvier, 10h30-13h30 : La pièce montée
L’apothéose : la religieuse montée pour 20 personnes vanille et chocolat obligatoires, décors libres. Cette pièce qui trône dans les vitrines françaises depuis des générations, symbole de la pâtisserie d’excellence accessible. Trois heures pour la monter, la dresser, la rendre irrésistible. Chaque petit chou doit être identique, chaque coup de poche à douille parfait, l’équilibre de la structure impeccable. Douze petits choux de chaque parfum seront présentés séparément au jury de dégustation. C’est l’épreuve ultime, celle qui demande à la fois une rigueur et un savoir-faire irréprochables et cette touche artistique qui fait la différence.
Une règle intangible qui traverse les épreuves : pas de congélation. Tout se fait comme au laboratoire, à l’ancienne. Les candidats devront gérer leur temps, leur organisation, anticiper chaque étape. C’est aussi cela qu’on juge : leur capacité à travailler dans les conditions réelles d’un artisan.
Le rôle des coachs
Dans ce concours, le coach est le pilier, la mémoire, celui qui a déjà vécu ces moments de doute et de pression. Frédéric Cassel, Ahmed Abdelsalam, Koichi Izumi, Adil Joukhrane, Jean Sene, Zhuzhanna Lenyk : ces noms portent en eux des années d’expérience, de réussite, d’excellence.
Ils pourront aider leur candidat lors des pesées matinales, avant le début des épreuves. Ils pourront dialoguer avec lui en dehors des heures de compétition. Mais pendant les épreuves où ils n’interviennent pas, ils devront rester silencieux, observer. C’est un exercice difficile pour ces perfectionnistes habitués à tout contrôler.
Et puis ils seront jurés. Jurés de travail ou de dégustation, selon les épreuves. Mais ils ne noteront jamais leur propre candidat. C’est la règle, intangible.
Le jugement
Le concours est parrainé par le chef Pierre Hermé. Le jury rassemble des professionnels reconnus de la pâtisserie française comme : Dorian Zonca, Mickael Marsollier, Desty Brami, Coline Doussin, Nicolas Berger, Matthieu Carlin, Eddie Benghanem, Sebastien Serveau, Nicolas Botomisy, Jeffrey Cagnes, Stephane Glacier, Jérémy Del Val, Muriel Aublet Cuvelier, Christophe Masselin, Kevin Lacote, Chiara Serpaggi, Corentin Magnin. Ils évalueront chaque réalisation selon les critères suivants : l’aspect, le goût, la créativité, le savoir-faire, le respect du sujet.

Neuf jurés se chargent de la dégustation et de l’esthétique. Cinquante points par produit, cent pour la religieuse. Ils goûteront tout, sans distinction, pour attribuer leurs notes en toute connaissance de cause. Trois autres jurés observent le travail : l’organisation du candidat, sa dextérité, ses techniques, son hygiène, la propreté de son poste. 25 points par produit, 50 points pour la religieuse.


Les récompenses
Le vainqueur recevra le trophée d’or, le titre de champion du Trophée International de la Pâtisserie Française, 4 000 euros et de nombreux lots : livres, matériel, stages. Mais surtout, il aura gagné le droit de représenter ce concours dans son pays, de devenir un ambassadeur de cette pâtisserie d’excellence. Il ne pourra plus concourir aux prochaines éditions, mais il devra continuer à porter ces valeurs, à les transmettre.
Les deuxième et troisième places toucheront respectivement 2 000 et 1 000 euros, accompagnés de leurs trophées et de lots. Mais tous repartiront avec quelque chose d’inestimable : l’expérience d’avoir participé, d’avoir donné le meilleur d’eux-mêmes devant leurs pairs.
Des prix spéciaux récompenseront également le meilleur flan, le meilleur entremet de prestige, les meilleurs chocolats et le meilleur esprit d’équipe. Parce qu’au-delà de la maîtrise, il y a l’humain. La générosité, le partage, cette capacité à rester soi-même sous la pression.
Ce qui se joue lors de cette compétition
Ces 20 et 21 janvier, porte de Versailles, Six parcours différents vont se croiser, six histoires vont se raconter à travers le savoir-faire, la créativité et la rigueur. Six façons de dire la même chose : que la pâtisserie française est un patrimoine vivant, qu’elle continue de circuler, de se transmettre, de s’enrichir des rencontres.
De Paris au Caire, de Tokyo à Dakar, de Casablanca à Kiev, les mêmes, les artisans pâtissiers vont se dépasser, perpétuer leur tradition et savoir-faire qui remonte à des générations et l’adapter, la moderniser sans la dénaturer.
Le mercredi 21 janvier à 15h30, un nom sera proclamé. Il y aura un podium, des applaudissements, des larmes peut-être. Puis viendra le cocktail, le dîner de gala.
Mais l’essentiel sera déjà accompli. Avoir montré, une fois de plus, que ce savoir-faire, cette exigence, continuent de se transmettre main après main, génération après génération et que c’est cela, finalement, le plus beau des trophées.
Crédit photos : SIRHA SNACK AND BAKE
Informations pratiques
Dates : 20-21 janvier 2026
Lieu : Sirha Bake & Snack, Paris Porte de Versailles
Organisateurs : Confédération Nationale de la Pâtisserie Française et Confédération Nationale des Chocolatiers et Confiseurs