Il a 20 ans, une rage de vaincre chevillée au corps et des mains habiles qui donnent vie à des pâtisseries raffinées rivalisant avec celles des plus grands. Sacha Roubine incarne cette nouvelle génération de pâtissiers qui ne se contente pas de suivre les codes : il les réinvente. Retour sur le parcours d’une graine de pâtissier qui a transformé ses échecs en tremplin.
Une passion qui traverse les générations
L’histoire de Sacha commence par une orientation subie : « On m’a forcé à faire un CAP cuisine. C’était soit ça, soit le bâtiment » , explique-t-il. Deux années à naviguer à vue, le cœur ailleurs, l’âme en quête de sens. Sacha fait son parcours sans conviction, pressentant déjà que sa route se trouve ailleurs.
Mais le destin, dit-on, ne fait jamais les choses par hasard car dans les veines de ce jeune homme, coule déjà un héritage pâtissier qu’il ignore : son arrière-grand-père était « un grand pâtissier à son époque ». Un don qui a sauté une génération : “mon père n’aime pas du tout les gâteaux. Il préfère le sport aux pâtisseries”. « Comme quoi ça saute une génération ! » me confie t-il, amusé par cette ironie du sort.

Rebecca Beaufour : l’ange gardien qui change son destin
Au restaurant Dante, le miracle prend une forme humaine. Ce miracle s’appelle Rébecca Beaufour, une cheffe exigeante, talentueuse et bienveillante, qui pose sur ce jeune pâtissier en devenir, un regard transformateur qui change radicalement sa destinée. Un soir, elle convoque Sacha avec son père. Elle pose le contrat sur la table. Les mots tombent alors comme un couperet : « Je suis désolée, mais on ne peut plus te garder. »
Sacha, stupéfait, s’effondre intérieurement. Mais cette cheffe, d’une “humilité déconcertante et très gentille”, cache, derrière ce semblant de sanction, un acte bienveillant : « Elle m’a dit : »Je ne fais pas cela pour te faire de la peine, je le fais pour que tu te rediriges en pâtisserie. Toi-même, tu sais que la cuisine ce n’est pas pour toi mais la pâtisserie oui’”.
La cheffe Rébecca venait de déceler en lui ce qu’il ne soupçonnait pas encore. Persuadée de son potentiel en pâtisserie, elle prend cette décision radicale pour l’obliger à se lancer dans sa vraie voie : “Elle était persuadée que j’allais réussir en pâtisserie donc elle m’a renvoyé pour que je me lance en pâtisserie. » Un renvoi qui ressemble à une renaissance. Une porte qui se ferme pour un avenir plus grand et radieux pour Sacha.
En route vers l’excellence pâtissière !
Galvanisé par cette révélation, Sacha se lance corps et âme dans un CAP pâtisserie, dont 1 an chez Fred à Charenton pour poser les bases de son savoir-faire. Puis direction les laboratoires prestigieux de Christophe Michalak à Rungis, temple de l’excellence où se forgent les vocations. Il y découvre l’univers de la production à grande échelle du célèbre pâtissier : “On faisait la production pour toutes les boutiques Christophe Michalak », se remémore-t-il.
Un an d’immersion totale dans l’univers du très haut niveau, sous l’encadrement attentif d’un chef prénommé Jérôme, qui lui apprend à affiner son savoir-faire. Sa passion trouve enfin son terrain d’expression.
Aujourd’hui, c’est chez LEKLA à Saint-Cloud que Sacha peaufine son expérience aux côtés du chef pâtissier-consultant et champion du monde des Arts Sucrés 2022, Alexis Beaufils : « Travailler avec Alexis, c’est très formateur ! Il est très pédagogue » ajoute-t-il. Chaque rencontre et chaque expérience forge le parcours de ce pâtissier en devenir.
Le MAF Pâtissier : quand l’impossible devient réalité
En 2024, Sacha prend la plus audacieuse décision de sa jeune carrière : se présenter aux sélections du MAF (Meilleur Apprenti de France) Pâtissier d’Île-de-France en pâtisserie de boutique : « Je voulais faire comme les grands chefs, parce qu’en soi, c’est un concours de grande ampleur. »
Au CEPROC, Jérôme Chaucesse, MOF pâtissier et formateur, accepte de l’accompagner dans cette folle aventure. Mais la route s’annonce semée d’embûches. Son mentor estime que le niveau requis pour ce concours est particulièrement exigeant pour lui.


Sacha fait alors ce que font tous les vrais champions : il sacrifie tout sur l’autel de son rêve. Cette focalisation sur le concours lui fait prendre un retard considérable sur sa formation classique. Un pari fou qui aurait pu lui coûter son diplôme.
5 heures du matin. Sacha pousse les portes du CEPROC. Tous les jours, sans exception. Cette assiduité matinale impressionne son formateur, qui comprend rapidement que le jeune homme ne plaisante pas avec ses ambitions. Sa détermination et sa persévérance finissent par convaincre : son mentor décide de ne pas l’abandonner.
La préparation devient une obsession. Sacha dort très peu, s’entraînant jour et nuit pour atteindre l’excellence. Des vidéos postées aux petites heures sur Instagram témoignent de sa détermination farouche. Le réveil sonne à l’aube. Sacha tient. Sacha y croit envers et contre tout.
Au bout du chemin, la récompense : une magnifique médaille d’argent qui couronne des mois d’acharnement. Une deuxième place dont il se dit particulièrement fier. Et le diplôme, malgré les difficultés, il l’a obtenu malgré tout, preuve qu’avec de la persévérance, du travail et une bonne dose de motivation on finit toujours par atteindre ses objectifs : « Je pensais pas réussir, surtout aller aussi loin dans cette compétition. Je suis assez fier de ma place et je remercie beaucoup mon mentor”.

Ses inspirations et sa voie qui se dessine
Depuis le 23 octobre 2023, Sacha partage sa passion sur Instagram. Avec ses 14,3 K abonnés, ce jeune pâtissier déterminé a transformé son compte Instagram en toile artistique. Perfectionniste dans l’âme, il y prodigue ses conseils aux futurs candidats du CAP, partage ses secrets en pâtisserie et viennoiseries, expose ses pochages d’une belle régularité aux motifs floraux et délicats. Tartes raffinées et pavlovas défilent dans sa galerie gourmande attisant notre gourmandise bien qu’elles ne soient pas encore disponibles à la vente.
Il puise son inspiration des grands chefs comme le chef Christophe Michalak ou encore Cédric Grolet pour ses magnifiques pochages créatifs : « J’aime beaucoup ce qu’il fait mais mon but est d’avoir ma propre signature et non de calquer ses créations » une détermination qui révèle son caractère ambitieux et sa volonté de tracer sa propre voie.
Il voue une profonde admiration pour la pâtissière aux mains d’or, Chiara Serpiaggi : « Elle occupe une place importante dans le monde de la pâtisserie. C’est vraiment quelqu’un de remarquable, honnêtement. Je n’ai pas encore eu l’occasion de goûter ce qu’elle fait mais visuellement déjà, c’est impressionnant » confie-t-il avec humilité.

Crédit photo : @laukphoto
Mais ne vous y trompez pas : chez Sacha, le visuel ne sacrifie jamais le goût. Son perfectionnisme s’exprime pleinement dans cette exigence : « Si tu vois un gâteau que je fais, qui est waouh visuellement, tu verras qu’au goût, il sera exactement pareil car j’ai le souci de la perfection. Avant de sortir un gâteau sur les réseaux, je fais vraiment pas mal d’essais. » Une exigence qui ressort dans la confection de chacune de ses créations, et ça se voit visuellement sur la toile, il ne laisse rien au hasard.
L’e-book comme passerelle : de l’influence à la transmission
Face à l’afflux de messages de sa communauté grandissante, qui réclame sans relâche les secrets de ses créations, Sacha franchit une étape décisive vers la plus noble des missions pâtissières : la transmission. Son e-book, petit manuel de pâtisserie en ligne, regroupant cinq recettes, du cookie réconfortant au croissant à la vanille, répond à cette demande pressante : « Je reçois énormément de messages privés me demandant mes recettes. Je suis dans une optique de partage. »
Il y met toute sa passion, sa créativité et sa rigueur. Pas question de recycler les tendances éphémères des réseaux : « Ce sont mes propres recettes, pas des recettes d’Instagram ou autre. J’explique tout de A à Z. » Une démarche authentique qui tranche avec les raccourcis habituels et révèle son souci du détail.

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Parallèlement, sa créativité personnelle commence à s’affirmer. Son framboisier à la pistache s’inscrit dans cette quête d’originalité maîtrisée : « Je n’avais pas vu du tout cette association sur les réseaux » confie-t-il avant de la proposer à ses abonnés. Si cette association de saveurs reste classique en pâtisserie, sa réinterprétation démocratisée révèle déjà une signature naissante.
Conscient du chemin qui l’attend, Sacha cultive sa patience créative : « Je pense que c’est au fil du temps que je trouverai ma signature. » Cette maturité tranche avec l’immédiateté des réseaux sociaux. Plutôt que de céder aux sirènes des tendances éphémères, ce jeune talent préfère construire son identité gourmande pierre par pierre, refusant de brûler les étapes d’un apprentissage authentique.
Une vision durable de la pâtisserie
Dans une société guidée par la rentabilité immédiate, Sacha prône le respect des saisons : « Je suis respectueux des saisons. Je ne vais pas acheter des fraises en plein février. J’essaie de travailler avec les fruits de saison, même au niveau du goût ce n’est pas la même chose. »
Cette conviction va à contre-courant des pratiques de nombreuses pâtisseries qui négligent la saisonnalité pour privilégier le chiffre d’affaires : « Il y en a qui le font, toutes les boulangeries aujourd’hui font les tartes aux fraises à longueur d’année, leurs fraises ne sont pas bonnes. Mais moi je ne veux pas être comme ça. Je veux vraiment choisir la bonne saison pour les fraises. »

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Cette cohérence se retrouve dans sa vision d’avenir. Son rêve d’ouvrir sa propre boutique d’ici ses 25 ans s’accompagne d’une maturité surprenante : « Ce n’est pas parce que j’ai 100 000, 200 000 euros sur le compte que je vais ouvrir ma pâtisserie. Si je n’ai pas de niveau derrière, ça ne servira à rien. Tout dépend de l’argent que j’ai, de la notoriété que j’ai et du niveau aussi » ajoute-t-il avec lucidité.
Transmettre pour ne jamais oublier d’où l’on vient
Les réseaux sociaux ont transformé Sacha en catalyseur de vocations malgré lui : « Il y en a beaucoup qui m’envoient des messages qui se sont lancés dans la pâtisserie grâce à mes vidéos. Ça les a motivés et ils ont vraiment trouvé leur vocation. »
Cette responsabilité inattendue, il l’endosse avec la sagesse précoce qui le caractérise : « Ce ne sont pas que mes conseils qui vont vous aider. C’est aussi votre détermination à réussir. Si tu ne donnes pas de volonté, tu ne réussiras pas. C’est la persévérance et la détermination qui paient. »
Son credo résonne comme un mantra forgé dans l’adversité : « Persévérez. Si vous pensez que vous pouvez réussir dans ce métier, faites le sans relâche, vous y arriverez. Beaucoup de personnes ne croyaient pas en moi. Si vous croyez en vous, vous allez réussir. Donnez-vous à 100% et le reste suivra. »
Cette leçon de vie, il l’a sculptée dans les heures sombres, quand il postait ses vidéos à 2-3 heures du matin sur Instagram avant de se lever à 5-6 heures pour retourner s’entraîner. Une discipline monacale au service d’un rêve.
Quand on lui demande ce qu’il dirait aujourd’hui à ce jeune homme de 16 ans qui découvrait timidement la pâtisserie, sa réponse porte la beauté d’un parcours accompli : « Franchement, je suis fier de ce que tu es devenu. Tu n’as rien lâché, tu as trouvé ta passion après des périodes assez compliquées et aujourd’hui tu as fait un bon petit chemin et tu peux continuer à aller plus loin encore. »
À 20 ans, Sacha a compris quelque chose d’essentiel : parfois, il faut perdre sa route pour vraiment la trouver. Aujourd’hui, quand il travaille ses pochages ou partage ses conseils en ligne, on sent bien qu’il ne fait pas que de la pâtisserie. Il transmet quelque chose de plus profond. Une passion, oui, mais aussi cette idée que tout est possible quand on y croit vraiment. Et ça, c’est peut-être le plus beau des ingrédients.

Crédit photo : @laukphoto